Newsletter n°6 💔

SystĂšmes complexes pour moments complexes

Cher.e.s confiné.e.s,

TroisiĂšme semaine de cette nouvelle vie, j’espĂšre que vous tenez le coup. Si comme moi vous songez de plus en plus Ă  prendre un kayak pour rejoindre une plage du Costa Rica et y ouvrir un resto, prenez vos mĂ©dicaments.

Aujourd’hui on parle de systĂšmes complexes de maniĂšre assez simple (ahah!). De deux maniĂšres diffĂ©rentes. Et quelques expĂ©riences de quarantined music pour finir.


đŸ§© Les systĂšmes complexes pour comprendre la situation đŸ§©


Les Ă©vĂ©nements que nous traversons me font jongler entre l’anxiĂ©tĂ© quant au futur, le calme et l’apaisement procurĂ© par la nette diminution des pressions externes, le manque de certains moments, la consternation face Ă  certains comportements et prises de parole, ou encore l’amusement avec lequel je constate que le monde s’adapte. Parfois trĂšs prĂ©occupĂ©, parfois trĂšs insouciant.

Parfois ces Ă©tats se croisent : je profite depuis quelques jours de cet apaisement pour essayer de comprendre le lien entre notre capacitĂ© et celle de notre sociĂ©tĂ© Ă  s’adapter aux Ă©vĂ©nements et au futur. Vaste programme, certes, mais je crois que l’idĂ©e est surtout de chercher Ă  s’éloigner des dĂ©bats bas de plafond de twitter / facebook / TV / etc et chercher des rĂ©ponses, ou du moins des pistes, ailleurs.

Je me suis dit que cette pause d’une bonne partie de nos activitĂ©s Ă©tait un moment opportun pour se remettre Ă  lire quelques trucs sur les systĂšmes complexes.
Pour wikipedia, un systĂšme complexe est un ensemble constituĂ© d'un grand nombre d'entitĂ©s en interaction qui empĂȘchent l'observateur de prĂ©voir sa rĂ©troaction, son comportement ou Ă©volution par le calcul. Ils sont un contre-exemple au rĂ©ductionnisme, Ă  la rĂ©duction analytique : malgrĂ© une connaissance parfaite des composants Ă©lĂ©mentaires d'un systĂšme, voire de leurs interactions, il n'est pas possible mĂȘme en thĂ©orie de prĂ©voir son comportement autrement que par l'expĂ©rience ou la simulation. Cet Ă©cueil ne vient pas nĂ©cessairement de nos limites de calcul, il est au contraire liĂ© Ă  la nature mĂȘme des systĂšmes complexes.
On se passera des origines mathĂ©matiques mathĂ©matiques et physiques qui n’apporteraient pas grand chose ici. En gros, un systĂšme complexe est un systĂšme dont l’ensemble des composants sont en relation dynamique. Un processus en permanente transformation.

La notion de systĂšme complexe s’intĂšgre naturellement dans la pensĂ©e systĂ©mique qui invite Ă  prendre en compte les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments d’un systĂšme non pas isolĂ©ment mais globalement, en tant que parties intĂ©grantes d'un ensemble dont les diffĂ©rents composants sont dans une relation d'interdĂ©pendance.

Le moment dans lequel nous sommes m’apparait comme une pause invoquĂ©e par quelqu’un la haut nous invitant Ă  tous passer vers cette maniĂšre d’apprĂ©hender les choses. La consternation dont je fais part plus haut vient souvent de l’observation de raisonnements linĂ©aires et rĂ©ductionnistes. Car malgrĂ© une connaissance parfaite des composants Ă©lĂ©mentaires d'un systĂšme, voire de leurs interactions, il n'est pas possible mĂȘme en thĂ©orie de prĂ©voir son comportement autrement que par l'expĂ©rience ou la simulation. Cet Ă©cueil ne vient pas nĂ©cessairement de nos limites de calcul, il est au contraire liĂ© Ă  la nature mĂȘme des systĂšmes complexes.

Une entreprise, une ville, les transports, le climat, l’énergie, les Ă©cosystĂšmes et la nature, une colonie de fourmis, l’organisme, la santĂ©, la bourse et l’économie, la propagation d'une Ă©pidĂ©mie, internet — tous ces exemples sont des systĂšmes complexes.

Que ce soit par des reprĂ©sentants politiques lors de dĂ©bats, des oncles border sur whatsapp ou aux fĂȘtes de noel, des collĂšgues sur Linkedin ou en salle de rĂ©u, ou des PPoeufs sur twitter dot com, ces sujets sont souvent discutĂ©s comme des systĂšmes simples linĂ©aires et prĂ©visibles. Le rĂ©ductionnisme et la simplification ont la cĂŽte car nos sociĂ©tĂ©s nous y invitent. Avouer ne pas savoir est signe de faiblesse et avoir une rĂ©ponse nuancĂ©e n’aide pas ceux en attente d’une rĂ©ponse “concrĂšte” permettant de passer Ă  la next step ou de savoir dans quel clan est l’autre. Les avis tranchĂ©s et permettent d’aller plus vite, font plus de like, sont plus actionnables. Etc.

Pour dĂ©battre de la prĂ©sence ou non de creme fraiche dans les carbonara ou de comprendre le fonctionnement d’une roue, ça va. Ce sont des problĂšmes facilement isolables et observables. On peut rapidement affirmer que celui qui met de la creme dans les carbos a surement besoin d’aide dans sa vie et qu’une roue opĂšre grĂące Ă  quelques Ă©quations.

Mais pour le reste des sujets citĂ©s plus haut, ce n’est plus possible. Ce qu’on se prend dans la gueule Ă  travers le monde depuis quelques temps, qu’il s’agisse de contestations sociales ou de manifestations naturelles, est une invitation Ă  prendre notre temps et arrĂȘter de prendre des dĂ©cisions en 2-2 sous la pression du court termisme et/ou d’intĂ©rĂȘts et d’obligations mal placĂ©es. Le progrĂšs nous a amenĂ© Ă  lier de plus en plus de choses entre elles et crĂ©er des rĂ©seaux entre plein de systĂšmes. La plupart de ce qui nous entoure sont des systĂšmes complexes qui ne peuvent se rĂ©sumer par A==>B==>C ou comme une formule mathĂ©matique.

Le covid-19 n’est pas juste une histoire de trafic d’animaux sauvages qui ne devraient pas ĂȘtre mangĂ©s par l’Homme. C’est aussi celle de la dĂ©forestation qui rapproche l’Homme des virus. Ou l’inverse. A priori, nous ne sommes pas irrĂ©prochables non plus quant aux feux en Australie il y a quelques mois. Le mouvement des gilets jaunes est aussi un problĂšme complexe, social cette fois, n’en dĂ©plaise Ă  ceux qui regrettent la devanture du Fouquet’s. L’influence Ă  la mode dans le marketing ne peut pas non plus s’expliquer par # de followers => influence (checkez the emerging science of superspreaders). Les relations humaines sont complexes.

Tout est complexe, tout est connecté. Comme chez les illuminatis.

J’imagine qu’on puisse entendre tout ça, mais on a encore du mal Ă  l’écouter. MĂȘme si des choses, des petits bouts de systĂšmes, cĂšdent, il nous faut attendre la catastrophe, parfois liĂ©e Ă  l’accumulation, pour rĂ©aliser. Et gĂ©nĂ©ralement c’est trop tard. Comme avec son ex. C’est trop tard pour sauver les meubles, mais le bon moment pour essayer de comprendre rĂ©trospectivement comment nous en sommes arrivĂ©s lĂ .

“If doing A suddenly stops giving you B, it means there are other factors in why A worked at all. You didn't see C,D,E...”

Si nos biais (ici l’idĂ©e de narrative fallacy (je ne sais pas le traduire)) nous amĂšnent Ă  prĂ©fĂ©rer l’interprĂ©tation d’évĂ©nements en histoires logiques avec des liens de causes Ă  effets simples, c’est rarement ce qui se passe en rĂ©alitĂ©. On surĂ©value grandement notre comprĂ©hension de ces Ă©vĂ©nements. Il s’agit la plupart du temps de dĂ©cisions interdĂ©pendantes, prises par une ou plusieurs personnes ignorant l’impact sur d’autres.

C’est quand tout se casse la gueule que l’on a l’occasion de rĂ©aliser que les choses sont plus compliquĂ©es que prĂ©vu. Que les affirmations un peu faibles mais autoritaires de l’homme politique, de l’oncle Ă  noel ou de la PPoeuf twitter ne servent Ă  rien. Je vous rappelle qu’on tape dans des casseroles Ă  nos fenĂȘtres car une chauve souris s’est retrouvĂ©e trop proche d’un pangolin Ă  8 904 km d’ici. On s’attendait peut ĂȘtre Ă  mieux comme signe du trĂšs haut, mais il est indĂ©niable que l’on souhaite nous faire comprendre quelque chose.

Oui, les systĂšmes complexes peuvent faillir. (Il existe plusieurs comportements faisant que ces systĂšmes complexes s’équilibre et s’auto-gĂšrent (principes d’auto-organisation, d’émergence, de robustesse, de feedback loops
) que nous ne dĂ©velopperons pas ici car trop long. Toutefois, ces comportements n’empĂȘchent pas les systĂšmes complexes d’ĂȘtre enclins aux failles).
Dans le bref How Complex Systems Fail, Richard Cook du Cognitive Technologies Laboratory University of Chicago, liste 18 principes selon lesquelles les systĂšmes complexes Ă©chouent, comment les problĂšmes sont Ă©valuĂ©s et attribuĂ©s. Leur dĂ©faillance est rarement liĂ©e Ă  une seule cause sortie de nulle part. La faute, seule, est mĂȘme parfois tolĂ©rĂ©e et auto gĂ©rĂ©e par un systĂšme complexe. En revanche, ce sont les accumulations et les tentatives de solutions qui peuvent devenir le risque.

1. Complex systems are intrinsically hazardous systems.
2. Complex systems are heavily and successfully defended against failure.
3. Catastrophe requires multiple failures – single point failures are not enough

4. Complex systems contain changing mixtures of failures latent within them.
5. Complex systems run in degraded mode.
6. Catastrophe is always just around the corner.
7. Post-accident attribution accident to a ‘root cause’ is fundamentally wrong.
8. Hindsight biases post-accident assessments of human performance.
9. Human operators have dual roles: as producers & as defenders against failure.
10. 


Je coupe la liste ici mais vous avez l’idĂ©e. La version originale ici en anglais, une traduction en français trouvĂ©e ici. Je trouve ces principes fort intĂ©ressants et, pour une partie d’entre eux, limite indispensables pour apprĂ©hender la reflexion quant Ă  des sujets complexes. SystĂšmes ou non.

C’est cette liste dĂ©couverte il y a quelques annĂ©es qui m’est revenue Ă  l’esprit en pensant Ă  ce que l’on traversait. Aujourd’hui, je me demande plus particuliĂšrement quelle est la position de l’humain par rapport Ă  ces systĂšmes complexes et leurs possibles Ă©checs.

Ma plus grande interrogation Ă  laquelle je n’ai aucune rĂ©ponse aujourd’hui est la suivante : cette situation va-t’elle nous faire passer un cap en tant que sociĂ©tĂ© ? Quel sera le new normal ? Je ne sais pas si c’est essentiel ou ultra niais comme interrogation.

Allons nous comprendre que l’on pousse Ă  bout des systĂšmes complexes que l’on considĂšre comme fonctionnels et sĂ»rs ? Si nous en sommes lĂ  aujourd’hui, c’est en partie car l’écosystĂšme de Hubei, tout comme le systĂšme social / de soin ici, sont en PLS depuis un moment. Avant mĂȘme que le covid ne se propage. Sommes nous condamnĂ©s Ă  rĂ©aliser par la surprise ?

Thus, while on a certain scale we do experience complex system failure on one level on a daily basis because we don’t interpret it as such, and given that we are hardwired for pattern recognition, we don’t address complex systems in the right ways.

This, to my mind, has to be extended to the environment and the likely disaster we are currently trying to instigate. While the system is collapsing at one level, massive species extinctions, while we have experienced record temperatures, while the experts keep warning us, etc., most people to date have experienced climate change as an inconvenience — not the early stages of systemwide failure.

Civilization collapses have been regular, albeit spaced out, occurrences. We seem to think we are immune to them happening again. Yet, it isn’t hard to list the near catastrophic system failures that have occurred or are currently occurring (famines, financial markets, genocides, etc.).

source

Allons nous, d’une maniùre ou d’une autre, forcer le pouvoir à ne pas rendre les systùmes complexes plus complexes qu’ils ne le sont pour leurs simples besoins personnels ?

“Complexity isn’t a byproduct; it is the mechanism of the looting”, quelle belle punchline.


Allons nous rĂ©-attribuer les siĂšges et rĂ©organiser la prise de dĂ©cision ? Ceux qui savent et comprennent les systĂšmes vont-ils ĂȘtre Ă©coutĂ©s, et non juste entendus et ignorĂ©s par vice ou ignorance, avant que d’autres dĂ©raillent ? Le futur est dĂ©jĂ  en bonne partie Ă©crit par ces gens.

issu d’un papier acadĂ©mique de 2007.


Les dirigeants aux reflexions d’une autre Ăšre vont-ils dĂ©velopper de nouvelles maniĂšres de concevoir des solutions ou sont-ils condamnĂ©s Ă  leurs idĂ©ologies mono-dimensionnelles antiques ? Vont-ils se faire remplacer par une nouvelle garde aux neurones cablĂ©s pour le monde d’aujourd’hui et de demain ?

Generally, they treat anything complex as one dimensional.

Unfortunately, whether they are running corporations or foreign ministries or central banks, some of the best minds of our era are still in thrall to an older way of seeing and thinking. They are making repeated misjudgments about the world. In a way, it’s hard to blame them. Mostly they grew up at a time when the global order could largely be understood in simpler terms, when only nations really mattered, when you could think there was a predictable relationship between what you wanted and what you got. They came of age as part of a tradition that believed all international crises had beginnings and, if managed well, ends.

This is one of the main flaws of traditional thinking about managing conflict/change: we identify a problem, decide on a path forward, and implement that solution. We think in linear terms and see a finish line once the specific problem we have discovered is ‘solved.’

In this day and age (and probably in all days and ages, whether they realized it or not) we have to accept that the finish line is constantly moving and that, in fact, there never will be a finish line. Solving one problem may fix an issue for a time but it tends to also illuminate a litany of new problems. (Many of which were likely already present but hiding under the old problem you just “fixed”.)

In fact, our actions in trying to solve X will sometimes have a cascade effect because the world is actually a series of complex and interconnected systems.

sauce

“We have to accept that the finish line is constantly moving and that, in fact, there never will be a finish line”. Fort.


Soyons fous. Allons-nous, à terme, surpasser la pensée de premier niveau, simple et superficielle, la rendre obsolÚte et développer collectivement une pensée de second niveau qui invite à inclure les interactions, le temps et, au mieux, les conséquences ?

Traditionally our thinking is very linear and if we start thinking of systems as more like sandpiles, we start to shift into second-order thinking. This means we can no longer assume that a given action will produce a given reaction: it may or may not depending on the precise initial conditions.

This dynamic sandpile energy demands that we accept the basic unpredictability of the global order —one of those intellectual leaps that sounds simple but that immediately junks a great deal of traditional thinking. It also produces (or should produce) a profound psychological shift in what we can and can’t expect from the world. Constant surprise and new ideas? Yes. Stable political order, less complexity, the survival of institutions built for an older world? No.

Ramo isn’t arguing that complex systems are incomprehensible and fundamentally flawed. These systems are manageable, they just require a divergence from the old ways of thinking, the linear way that didn’t account for all the invisible connections in the sand.

Vola les questions que je me pose quand je me sens préoccupé.
A l’inverse, quand je me sens plus dĂ©tachĂ©, je me demande pourquoi je viens d’écrire et recouper tout ça. Mais ce que je trouve aussi intĂ©ressant avec cette histoire de systĂšmes complexes et de pensĂ©e systĂ©mique, c’est qu’il s’agit plus d’une posture et d’un mindset que d’accumuler des thĂ©ories et engranger de la culture. Ce n’est bien Ă©videment pas mutuellement exclusif et ces deux choses se nourrissent. Mais perso je trouve toujours plus intĂ©ressant une pensĂ©e qui creuse plutĂŽt qu’une pensĂ©e qui rĂ©cite.
Sur ce :

“Each of us human beings, for example, is the product of an enormously long
sequence of accidents, any of which could have turned out differently.”
— Murray Gell-Mann


♻ 1 civilisation = 6 couches ♻

Pace Layering: How Complex Systems Learn and Keep Learning est un article fort intĂ©ressant du MIT qui propose de voir le monde comme un trĂšs gros systĂšme composĂ© de 6 couches qui se rĂ©pondent, se corrigent et s’influent pour garantir la pĂ©rennitĂ© d’une civilisation.

En se demandant comment les civilisations ou les Ă©cosystĂšmes absorbent les chocs qu’ils subissent sans pour autant cĂ©der, des scientifiques ont identifiĂ© un systĂšme aux composants aux fonctionnements indĂ©pendants, aux rythmes diffĂ©rents, de diffĂ©rentes tailles et importances. Chaque couche s’accorde avec les plus proches pour s’adapter et Ă©viter un effondrement de l’ensemble.

Stewart Brand propose les 6 couches fondamentales d’une civilisation solide suivantes :

  • Fashion/art

  • Commerce

  • Infrastructure

  • Governance

  • Culture

  • Nature 

L’ordre n’est bien Ă©videment pas un hasard. De haut en bas, ces couches s’organisent selon un principe rythmique. La premiĂšre Ă©tant la plus vĂ©loce, la derniĂšre la plus lente. Le principe rythmique explique que les couches rapides apprennent, lĂ  oĂč les couches lentes se rappellent. Les couches vĂ©loces proposent, les couches lentes arrangent. Les couches rapides sont discontinues, les lentes sont continues.
Les couches les plus vĂ©loces sont les plus petites et informent les plus lentes par leurs rythmes favorisant l’innovation et la rĂ©volution. Les couches les plus lentes, les plus lourdes, contrĂŽlent les plus petites en imposant leurs contraintes et le besoin de consistance. Autrement dit la Nature aura toujours le dernier mot. Quoi qu’on veuille, c’est elle qui dirige, au final.

The order of a healthy civilization.  The fast layers innovate; the slow layers stabilize.  The whole combines learning with continuity.


Stewart Brand y examine ce systĂšme couche par couche et voici une tentative de traduction pour faire plus simple :

Fashion & Art
L’art et la mode ont un rĂŽle trivial — rapide, sans trop d’importance, engageant, Ă©gocentrique et cruel. Regarde ça ! Nan, nan, essaye ça ! L’art et la mode sont libres de faire des expĂ©riences aussi crĂ©atives et irresponsables tant que la sociĂ©tĂ© peut en supporter. De toutes ces expĂ©rimentations dĂ©coulent des inspirations utiles au Commerce (ex: le renouvellement annuel des modĂšles automobiles) et quelques bonnes idĂ©es qui pĂ©nĂštrent et amĂ©liorent la structure Ă  des niveaux plus profonds. La Gouvernance qui devient sensible aux sondages d’opinions, ou la Culture qui accepte progressivement le "multi-culturalisme" comme structure au lieu du simple divertissement.

Commerce
Si le commerce est totalement libre et non soutenu par une Gouvernance et une Culture vigilantes, il devient facilement un crime, comme dans certains pays aprĂšs la chute du communisme. De mĂȘme, le Commerce peut informer mais ne doit pas contrĂŽler les niveaux infĂ©rieurs, car il est trop court-termiste. L'une des problĂ©matiques actuelles est la façon dont le Commerce est accĂ©lĂ©rĂ© par les marchĂ©s mondiaux et les rĂ©volutions numĂ©riques et de rĂ©seau. Le rĂŽle appropriĂ© pour le Commerce serait Ă  la fois d’exploiter et d’absorber ces chocs en transmettant une partie de la vĂ©locitĂ© et de la richesse au dĂ©veloppement de nouvelles Infrastructures, mais en respectant les rythmes plus profonds de la Gouvernance et de la Culture.

Infrastructures
Les Infrastructures, aussi essentielles soient-elles, ne peuvent pas ĂȘtre justifiĂ©es uniquement par des termes et motifs commerciaux. Le dĂ©lai de rentabilitĂ© et la pĂ©riode de recouvrement pour des choses comme les systĂšmes de transport ou de communication est trop longue pour la logique d’investissement strandard. D’oĂč les moyens mis en oeuvre par le Gouvernement, avec les obligations d’Etat et les monopoles garantis. La Gouvernance et la Culture doivent ĂȘtre disposĂ©es Ă  assumer les coĂ»ts importants et les perturbations prolongĂ©es liĂ©es Ă  la construction de rĂ©seaux d'Ă©gouts, de routes et de systĂšmes de communication, tout en gardant Ă  l'esprit la santĂ© d'infrastructures "Naturelles" encore plus lentes - eau, climat, etc.
L’Education est une infrastructure intellectuelle. Les sciences Ă©galement. Ils ont un trĂšs haut rendement mais une rentabilitĂ© dĂ©layĂ©e. Les sociĂ©tĂ©s qui n’ont pas le temps pour ces dĂ©lais longs perdront sur le long terme. Cependant, les sociĂ©tĂ©s aux Cultures trop rigides pour accepter et permettre Ă  l’Education d’avancer Ă  un certain rythme perdront Ă©galement sur le long terme.

Gouvernance
Dans le domaine de la gouvernance, la tendance la plus intĂ©ressante de nos jours - outre la propagation mondiale de la dĂ©mocratie et de l'Ă©tat de droit - est la montĂ©e du «secteur social». Le secteur public est le Gouvernement, le secteur privĂ© est reprĂ©sentĂ© par l’Entreprise et le secteur social est une organisation non gouvernementale Ă  but non lucratif. Soutenus par la philanthropie et le travail des bĂ©nĂ©voles, ils vont des Ɠuvres caritatives des Ă©glises aux acteurs mondiaux comme la Croix-Rouge internationale et le Fonds mondial pour la nature. Ce qu'ils ont en commun, c'est qu'ils servent le bien plus grand et plus lent. Le secteur social agit Ă  un niveau Culturel de Gouvernance.

One example is the sudden mid-20th-century dominance of "historic preservation" of buildings, pushed by organizations like the National Trust for Historic Preservation in America and English Heritage and the National Trust in Britain.  Through them, culture declared that it was okay to change clothing at fashion pace, but not buildings; okay to change tenants at commercial pace, but not buildings; okay to change transportation at infrastructure pace, but not neighborhoods.  "If some parts of our society are going to speed up," the organizations seemed to say, "then other parts are going to have to slow way down, just to keep balance."  Even New York City, once the most demolition-driven metropolis in America, now is preserving its downtown.

Culture
La danse en slow-motion de la Culture nous permet de durer dans le temps. Plus lente que l’histoire politique et Ă©conomique, la Culture avance au rythme du langage et de la religion. La Culture est l’oeuvre de peuples entiers. En Asie, la Culture est saisissante lorsque l’on quitte la ville pour remonter dans les montagnes et, par la mĂȘme occasion, dans le temps, pour se retrouver dans la culture villageoise isolĂ©e oĂč l’avancĂ©e du changement se compte en siĂšcle. En Europe, cette danse en slow-mo de la Culture peut se constater dans les terminologies. Les noms des mois (principes de Gouvernance) ont radicalement changĂ© depuis 1500, mais les noms des signes du zodiaque (principes de Culture) sont inchangĂ©s depuis des millĂ©naires. Les guerres les plus insolubles d’Europe ont Ă©tĂ© les guerres de religion.

Nature
La Nature, avec sa vaste puissance, inexorable et implacable, ne cesse de nous surprendre. Le premier empire du monde, les Akkadiens dans la vallĂ©e du Tigre, n’a durĂ© que cent ans, de -2300 Ă  -2200. Il a Ă©tĂ© anĂ©anti par une sĂ©cheresse qui a durĂ© 300 ans. Le premier empire EuropĂ©en, la civilisation Minoenne, a sombrĂ© sous les tremblements de terre et une Ă©ruption volcanique.
Lorsque nous perturbons la Nature Ă  sa propre Ă©chelle, avec nos gaz Ă  effet de serre par exemple, nous risquons de dĂ©clencher des forces apocalyptiques. Qu’on le veuille ou non, nous devons comprendre et nous engager pour assurer la pĂ©rennitĂ© et le long now de la Nature.


Ces couches parlent d’elles-mĂȘme. Des couches dĂ©pendantes mais liĂ©es, soutenues par celles d’en dessous et vivifiĂ©es par celles d’au dessus. Cette structure est une Ă©niĂšme maniĂšre de mettre les choses en perspective, mais je trouve ça intĂ©ressant.

Each layer must respect the different pace of the others.  If commerce, for example, is allowed by governance and culture to push nature at a commercial pace, then all-supporting natural forests, fisheries, and aquifers will be lost.  If governance is changed suddenly instead of gradually, you get the catastrophic French and Russian revolutions. In the Soviet Union, governance tried to ignore the constraints of culture and nature while forcing a five-year-plan infrastructure pace on commerce and art.  Thus cutting itself off from both support and innovation, it was doomed.

Le challenge pour nous autres humains est d’attribuer nos attentions et nos actes avec une certaine justesse pour garantir la stabilitĂ© de cette structure. Comment lutter contre la sĂ©duction agrĂ©able mais essoufflante du trivial et du temporaire ? Comment nous redonner goĂ»t pour la puissance indirecte du lent ?

Deux citations pour finir :

"Every form of civilization is a wise equilibrium between firm substructure and soaring liberty," wrote the historian Eugen Rosenstock-Huessy. 

Note that as people get older, their interests tend to migrate to the slower parts of the continuum. Culture is invisible to adolescents but a matter of great concern to elders.  Adolescents are obsessed with fashion while elders are bored by it.


🔈🔉🔊 Quarantine Music 🔊🔉🔈

On se quitte en musique aprÚs ces gros pavés.
La contrainte de la quarantaine gĂ©nĂ©ralisĂ©e aura eu l’avantage de faire Ă©merger ou revenir des maniĂšres peu usuelles de proposer et Ă©couter de la musique. Voici donc deux salles, deux ambiances :

Les raves parties numĂ©riques de Limp Pumpo sur second life, c’est trĂšs sĂ©rieux. Les sets de murder club et dj birdo en particulier.

Les mixs en live de Mannie Fresh sur instagram et ses remixs / transitions légendaires.


Newsletterement votre et courage Ă  tous,

hellofdp.